Le blog d'Antoine Giorgi

Débats

Jeudi 25 Octobre 2007
Alors que la France renoue avec le volontarisme politique, il nous appartient d'y définir le rôle de la Corse: en proposant nous même un modèle de développement original, valorisant notre identité, en phase avec l'Europe moderne. Encore faut-il pour cela s'accorder sur nos « fondamentaux ». A cet égard, les idées comme les initiatives ne manquent pas chez nos concitoyens, mais le débat public, prisonnier des blocages idéologiques et des consensus gestionnaires, n'apporte pas la cohérence et la perspective nécessaires : il doit être repositionné.

Comme ailleurs, la société insulaire est confrontée à la perte de sens collectif et à des défis, considérables (mondialisation ou réchauffement climatique) . C'est le devoir des responsables politiques de répondre à ces interrogations légitimes. Prenons exemple sur nos anciens, qui ont su s'adapter à un environnement difficile grâce au travail et à la solidarité, je suis persuadé que le retour à la confiance passera par les valeurs. Celles qui structurent le projet d'une communauté, sa capacité à vivre ensemble et à concevoir l'avenir. Pour engager ce débat, mon expérience de dirigeant d'entreprise puis d'élu de terrain m'incite à privilégier trois problématiques.

Relier connaissance, savoir et travail.


Dans une île dépourvue de ressources économiques, l'instruction a représenté pour des générations entières ce formidable ascenseur social, ainsi comme l'atteste la forte proportion de corses dans les élites administratives, juridiques ou médicales de notre pays.

Pourtant ce modèle est remis en cause : les diplômes sont dévalués, les débouchés plus rares et les ambitions se réduisent, d'autant que certaines activités médiatisées, donnent l'illusion d'une réussite facile. Si une telle évolution est générale, elle n'en menace pas moins notre île de prendre à nouveau du retard. Car dans les sociétés modernes, c'est le travail qui génère une part croissance de ces débouchés et l'on ne construit rien de durable sans compétences, ni qualifications.

Ce capital humain de la Corse a toujours constitué une véritable richesse. Sachons investir dedans, en réhabilitant l'envie du savoir, de la formation et du travail dés le plus jeune âge. Sortir le marché du travail de l'assistanat ou des petits boulots sera l'enjeu du premier débat.

Réconcilier progrès ouverture et identité

Comme la plupart des « îliens », nous entretenons un rapport ambigu entre identité et ouverture. Il est vrai que la confrontation abrupte, dans l'après guerre de la Corse traditionnelle avec une modernisation inadaptée, a pu nous ancrer dans le sentiment que ces notions étaient incompatibles Au point de nous satisfaire, depuis, d'un non choix plus ou moins conscient et assumé.

Alors que l'identité nationale fait l'objet d'un large débat, il doit en aller de même au niveau de la Corse.
Notre identité régionale comprend langue et culture comme patrimoine et environnement, elle est notre bien le plus précieux. Elle devrait nous fédérer plus tôt que de nous diviser, faciliter notre intégration dans la modernité et non s'y opposer.

Avec la décentralisation de ces compétences nous avons pu retrouver les voies du dialogue et obtenir de larges adhésions sur certaines réalisations. Ayons le courage de part et d'autre de ne plus en faire un enjeu d'idéologies et de passions, de toujours agiter les même « contre-exemples », ce sont souvent des alibis à l'immobilisme. L'identité doit devenir un enjeu transversal dans toutes les politiques régionales. J'ai souvent constaté que les régions européennes les plus attractives sont celles qui ont su préserver culture et cadre de vie. Pour le développement, l'identité devient un atout, faisons en sorte que le développement soit au service de l'identité : voilà l'objet de ce deuxième débat.

Retrouver nos valeurs collectives dans un monde en mutation

La Corse s'est longtemps caractérisée par les forts liens d'entraide et de respect, générés par une société rurale et confortés par l'insularité. Sans les idéaliser, de tels comportements ont servi de protection dans un quotidien incertain et violent. Mais aujourd'hui, les symptômes, ne manquent guère pour illustrer une communauté morcelée, une jeunesse désorientée, des exclus vulnérables.

Mondialisation, dématérialisation des techniques, menaces écologiques ont accéléré la crise des valeurs collectives et un émiettement sans précédent du corps social. Les idéologies et politiques traditionnelles peinent à maîtriser ces phénomènes. Reconnaissons avec humilité que notre île n'a pas échappé à ces évolutions. Mais soyons volontaristes dans l'action et la recherche de solutions.

En Corse, aider les nouvelles générations à se structurer à partir des valeurs humaines et collectives que nous avons connu doit être un enjeu majeur. Nous vivons dans une société de proximité qui a bénéficié de fortes traditions. Restaurer le respect et l'échange entre générations et milieux sociaux, retrouver le sens de l'accueil et de la tolérance, apprendre l'harmonie avec la culture et la nature contribueront à la cohésion et au bien être de tous. Promouvoir ces valeurs et les faire partager au plus grand nombre sera l'enjeu de ce troisième débat.

Le débat public donne souvent dans notre île l'impression d'être polarisé sur des clivages idéologiques ou au contraire morcelé dans la contestation de choix techniciens Je n'en conteste pas l'intérêt. La confrontation des opinions est légitime en démocratie, pour dépassionner les sujets sensibles, comme améliorer la qualité des équipements collectifs. Elle a contribué ainsi à faire avancer la Corse.

J'ai pourtant le sentiment qu'on ne se préoccupe pas suffisamment d'un troisième enjeu, celui des valeurs et du sens commun. Il n'est pas le moins important.

Les politiques locales sont des moyens, les modalités techniques des instruments et en aucun cas des finalités. Ouvrir le débat sur nos valeurs, c'est définir le sens de notre engagement collectif, le cadre de nos actions individuelles.

La démocratie a toujours progressé en cherchant à maîtriser les évolutions, au service de l'homme. Cet enjeu concerne l'Europe entière. Il mobilise désormais l'ensemble des français, faisons en sorte qu'en Corse, il soit le préalable à la confiance.

Antoine Giorgi