Maire de Serra di Ferro
Le blog d'Antoine Giorgi

"La démocratie a toujours progressé en cherchant à maîtriser les évolutions au service de l’homme. Cet enjeu concerne l’Europe entière. Faisons en sorte qu’en Corse, il soit le préalable à la confiance". AG

Les évolutions du tourisme corse depuis 10 ans

Alors que de nouvelles destinations et de nouvelles offres s’ouvrent tous les jours sur le bassin méditerranéen avec un transport aérien en fort développement tiré par le modèle « low cost », alors qu’Internet favorise de plus en plus l’exposition à toutes les offres concurrentielles depuis son domicile, la Corse a su rester compétitive.

Elle a même progressé en 9 ans de près de 30% dans sa fréquentation. Songez que les trafics « entrée-sortie » de l’île ont gagné plus d’1,5 millions de passages : cela a nécessairement impacté l’économie de notre territoire.



Le tourisme, et c’est là une réelle satisfaction, s’est considérablement étalé dans le temps pour ne plus être quasi-exclusivement limité aux vacances principales d’été. Les hébergements marchands sont ouverts en avril à plus de 63% et près de 80% si l’on considère les seuls hôtels. Nous avons franchi en 2008 le cap symbolique des 3 millions de visiteurs et des 30 millions de nuitées avec 50% de la fréquentation qui s’effectue hors Juillet-Août.

Alors, non seulement nous avons bien résisté mais nous avons pris notre part de croissance avec une moyenne de plus de 3% par an, et cela dans une concurrence de plus en plus vive au cœur du 1er bassin touristique mondial. Cela montre que notre offre a été rendue compétitive et que les efforts de structuration, de promotion et de communication de la destination ont été performants.

La politique du tourisme a contribué une évolution significative du secteur

Dans un secteur marchand, ce sont bien entendu les acteurs qui font le tourisme. Aussi, je me suis attaché à ce que notre offre devienne compétitive, ainsi, en quelques années, l’hébergement en Corse a quasiment progressé d’une étoile en moyenne et la Collectivité Territoriale de Corse a joué un rôle déterminant de levier en injectant pour sa seule part 45 millions d’euros qui ont généré entre 2000 et 2006, 200 millions d’investissement sur la Corse.

En terme de promotion de la destination, j’ai souhaité, à budget constant que soient réorientées nos actions d’abord en mettant en œuvre de véritables campagnes de communication pérennes et parfaitement ciblées et d’autres part en diversifiant les marchés géographiques sur l’Europe.

Persuadé que nous devions nous inscrire plus qu’ailleurs compte tenu de notre taille structurelle d’offre dans les courants porteurs des nouvelles technologies, j’ai porté la réalisation d’un véritable portail touristique de l’île alimenté par des bases de données régionales relayant sur les offres des acteurs du tourisme.

Les évolutions du tourisme corse depuis 10 ans
Aujourd’hui, la destination est positionnée de manière différenciée et pèse sur les marchés en fédérant l’ensemble du tourisme corse autour d’une marque destination « Qualité Corse » portée par l’Agence du Tourisme qui reflète notre caractère, notre environnement et notre tourisme à taille humaine.

Enfin, j’ai souhaité que le tourisme puisse s’organiser sur toute l’île en pôles touristiques afin qu’il puisse irriguer tout le territoire et non pas se limiter aux stations mais aussi dans le but d’harmoniser et rationaliser investissements et actions à l’échelon des micro-régions. Je relève que cette démarche mise en œuvre depuis 2000 en tourisme fait aujourd’hui école pour l’ensemble du développement territorial.

Dans une économie où la structuration du secteur est composée d’entreprises souvent familiales et indépendantes, la puissance publique me paraît avoir un rôle essentiel d’impulsion et de coordination.


campagne de communication 2008/2009 sur le marché italien
campagne de communication 2008/2009 sur le marché italien
Une stratégie pour le tourisme corse

Dès mon arrivée à la Présidence de l’ATC, considérant que le tourisme était précisément l’affaire de tous et qu’il méritait une véritable stratégie, j’ai initié une Conférence Régionale du Tourisme très suivie où pendant près de deux ans tous les acteurs concernés, professionnels, associatifs et représentants de la société civile ont pu s’exprimer autour de débats et ateliers.… Ces rencontres ont donné lieu à une synthèse et un rapport spécifique voté en Assemblée de Corse.
C’est sur ce socle fondateur très largement partagé que nous avons bâti nos actions et je crois d’ailleurs que l’ensemble des acteurs du tourisme se reconnaît dans cette stratégie dont l’Agence du Tourisme assure le rôle de coordination.

Eco-tourisme et développement durable

Toute la stratégie du tourisme corse dont les qualités environnementales et naturelles sont la première richesse, est basée sur la différenciation et vise à faire de la Corse une destination eco-touristique majeure en Méditerranée. Comment faire croire dès lors, que nous souhaitons voir se dresser des barres d’immeubles en bord de mer avec des établissements de 800 chambres et voir débarquer toutes les 5 minutes sur nos aéroports des charters pour les remplir… Ce n’est pas le modèle que nous avons retenu pour la Corse pour lui préférer un tourisme de niche multi-spécialiste.

J’ajoute que le modèle d’un tourisme de masse ne serait pas concevable car il serait pour notre île déséquilibrant. Ceci dit, étant en responsabilité, je ne peux accepter que l’île ne se développe pas, qu’elle ne crée ni activité ni emplois. J’estime que le premier devoir d’un homme politique est de donner espoir dans l’avenir pour que la précarité ne se développe pas et que ne se reproduise pas le cycle du départ vers un ailleurs meilleur faute de pouvoir travailler et vivre au pays.


Les conditions pour offrir une activité touristique tout au long de l’année

Nous accueillons aujourd’hui en pointe saisonnière environ 330.000 séjours. L’objectif à terme consiste à ne pas augmenter fortement la pointe mais plutôt à étaler l’activité dans le temps. Et cet étalement dans le temps ne peut se concevoir qu’en proposant des contenus de séjours hors saison.

Alors oui, il faut que la Corse devienne une destination golfique, oui il faut qu’elle ait une offre de qualité dans les équipements de remise en forme et bien-être, oui, il nous faut organiser nos ports de plaisance et mouillages, oui, il nous faut plus d’équipements de congrès et séminaires, oui, il nous
faut développer et structurer les activités de pleine nature, oui, il nous faut plus de chambres d’hôtel en catégorie supérieure ; on ne peut rester sur ce segment s’il ne représente que 10% de notre offre hôtelière, d’autant que l’on fait le pari de la qualité plutôt que la quantité. Tout cela avec un préalable qui consiste à intégrer la dynamique de développement durable car nous devons être cohérents.


Un nouveau règlement des aides au tourisme

Nous nous inscrivons dans la continuité de la stratégie d’étalement de l’activité dans le temps et dans l’espace tout en étant plus sélectifs et exigeants compte tenu des moyens plus faibles que nous aurons, avec un budget de l’ordre de 5 millions d’euros/an.

Coté projets publics, nous privilégions les soutiens aux projets d’aménagement de nature à créer les conditions favorables pour que des activités touristiques se développent ainsi que les projets structurants de loisirs et de la plaisance. Cela nous demandera un effort d’ingénierie pour faire émerger au côté des collectivités locales les projets. Nous consolidons les démarches de pôles nouvelle génération en étant très exigeants sur l’organisation microrégionale et sur la mutualisation des moyens autour de l’ATC comme pivot central.

Coté projets privés, nous soutenons bien sûr les établissements de charme dans l’intérieur et les projets menés par les entreprises qui concourent à étaler l’activité dans le temps. Nous poursuivons également les soutiens aux sites internet des opérateurs touristiques. Enfin, pour accompagner l’accès à la marque Qualité Corse, nous soutenons les investissements des entreprises entrant dans cette démarche.

Permettez-moi d’évoquer dans la réussite la nécessaire appropriation par tous du tourisme et la nécessaire professionnalisation des acteurs. De ce point de vue, la Corse pourrait parfaitement s’inscrire dans la perspective méditerranéenne en créant un centre de formation de référence dans le secteur.

Principaux impacts des politiques touristiques 2000-2006 sur l’offre:

• 60 millions d’aides au tourisme engagées dont 45 pour la seule CTC (qui dépasse l’objectif initial de 169%)

• 200 millions d’euros d’investissements générés,

• + 8500 lits modernisés et/ou créés un impact sur près de 45% de l’offre d’hébergement marchande,

• 30 établissements hôteliers nouveaux créés (1.200 lits),

• 300 meublés de tourisme créés quasi exclusivement dans l’intérieur,

• 80% des anneaux de ports de plaisance modernisés

• Une structuration touristique de l’île en 8 pôles micro-régionaux,


Principaux chiffres du tourisme en 2008:

• 3,067 millions de séjours - 30,8 millions de nuitées

• 33,5% en avion, 66,5% en bateau

• 30% d’étrangers

• Un équivalent/population résidente de 30% lissé sur l’année

• + de 50% des séjours hors Juillet-Août

• 1,3 milliard d'euros de chiffres d’affaires hors transport

Lundi 9 Février 2009
Antoine Giorgi