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"L'éco-tourisme, c'est l'avenir de la Corse"Interview accordée au magazine Corsica Verde, hors série du magazine Corsica 2009 Tous droits réservés Magazine CORSICA • Hors-série CORSICA VERDE - septembre 2009 Comme toutes les activités ...
« L’éco-tourisme, c’est l’avenir de la Corse »
Interview accordée au magazine Corsica Verde, hors série du magazine Corsica 2009 Tous droits réservés Magazine CORSICA • Hors-série CORSICA VERDE - septembre 2009 Comme toutes les activités économiques, le tourisme comporte des nuisances. Il entraîne des pollutions, qui obligent à de lourds investissements. En accord avec les professionnels du secteur, l’Agence du Tourisme de la Corse a fait le choix de privilégier l’« écotourisme ». Antoine Giorgi, président de l’ATC, s’explique sur cette politique. 1 Comment peut-on définir le « développement durable » appliqué au tourisme ? Quels critères retenir ? Il n’y a pas un sommet, une conférence, un colloque international sur le tourisme sans qu’il y soit question de développement durable que nombre de pays placent désormais au centre des politiques publiques. La déclaration d’Ajaccio des 10 pays méditerranéens en mai 2008 visait la volonté de consolider le tourisme comme facteur de rapprochement et de compréhension entre les peuples, comme vecteur de développement économique et la décision de poursuivre une politique concertée de développement durable. Pour moi, le tourisme durable consiste à trouver le meilleur équilibre entre un objectif de croissance économique, un objectif environnemental et un objectif socio-culturel en conciliant donc les trois aspects pour pouvoir garantir le caractère durable de la ressource dont l’activité dépend, contribuer à la création d’emploi et à l’amélioration de la qualité de vie des résidents et visiteurs. Le principe de réalité commande clairement qu’il ne peut y avoir de développement durable sans rentabilité économique. On mesure bien que le développement durable ne peut ainsi se concevoir sous le seul angle protectionniste, cela irait même à l’encontre des principes édictés, et intègre par essence la mise en valeur du territoire et la participation de tous les acteurs publics et privés en transcendant d’ailleurs les sensibilités politiques. C’est en fait non pas l’affaire de quelques uns mais bien l’affaire de tous. 2. S’il fallait résumer le développement durable dans le tourisme par une seule image ? Ce serait, de mon point de vue, trop réducteur, sachant que les bonnes pratiques s’appliquent en réalité à toutes les formes de tourisme sans exclusive. Je pense que ce serait une erreur d’enfermer le tourisme durable dans certains concepts caricaturaux voire utopiques de retour à la nature sans électricité ni téléphone alimenté par une eau de source naturelle dans des lieux loin de tout où l’on s’est déplacé à pied pour y venir rencontrer des civilisations qui vivent repliées sur elles-mêmes en maintenant des traditions ancestrales. Il faut placer le tourisme durable dans son temps d’autant que je suis persuadé qu’une culture et une civilisation pour perdurer doivent évoluer et s’enrichir par les échanges et la prise en compte intelligente des évolutions. Cela suppose de bien maîtriser et donc mesurer en permanence les impacts sociaux et environnementaux pour apporter les correctifs éventuels et éviter l’accentuation de déséquilibres, d’autant que les îles sont, par nature, des territoires encore plus fragiles. Cela dit, je crois sincèrement que le tourisme est un secteur qui non seulement doit être en pointe dans le domaine du développement durable mais aussi et surtout peut assurer un rôle d’entraînement général dans les bonnes pratiques de tous les citoyens. Les projets touristiques, du gîte au complexe hôtelier, peuvent parfaitement, tout en répondant parfaitement aux exigences de confort et de modernité, intégrer la construction en matériaux naturels ou bien locaux pour limiter les frais de transport. Ils peuvent utiliser les énergies renouvelables non polluantes pour minimiser les gaz à effet de serre, gérer la ressource en eau avec des systèmes de récupération et de stockage, traiter les eaux usées à l’aide de filtres et produits naturels, trier et gérer les déchets en les réutilisant comme engrais naturel. Ils peuvent également proposer une gastronomie locale et bio qui favorise les productions locales,… Ainsi, loin d’opposer tourisme et développement durable, ce sont précisément les projets touristiques qui joueront un rôle de catalyseur du développement local en la matière permettant de fixer populations et activités sur le lieu de production du tourisme et participer ainsi au maintien de l’activité dans l’espace. 3. Quelles sont les réalisations dont, en la matière, la Collectivité Territoriale de Corse – et l’ATC – a le plus de raisons d’être fière ? Si la question était posée de manière générale, je répondrai que de manière collective la Corse peut être fière de compter parmi les destinations touristiques qui comptent aujourd’hui et qui sont en régulière croissance malgré un contexte de plus en plus difficile et une compétition exacerbée, ce qui n’en a que plus de valeur. Cela révèle une destination assise, servie par une réelle évolution qualitative de notre offre, soutenue, je tiens à le souligner, par une politique de soutien public régionale ambitieuse et une communication différenciée et ciblée. Si l’on s’en tient maintenant au sujet du développement durable, les Corses, me semble-t-il, peuvent s’enorgueillir d’avoir su, après plusieurs années d’efforts dans ce sens, affirmer le positionnement « écotouristique » de l’île. Nous étions déjà précurseurs, dès 2000, avec la campagne italienne « la bio vacanza », et venons de recevoir le premier prix de la communication touristique durable, parmi toutes les destinations touristiques internationales, décerné par les professionnels lors d’un récent salon international en Italie. Ainsi, alors qu’aujourd’hui nombre de destinations se positionnent sur ce territoire de communication, nous sommes nous-mêmes déjà installés partout sur ce terrain avec nos messages « Terre naturelle de vacances, purezza originale (pureté originelle), best keept secret in méditerranée (secret le mieux gardé), … ». Je suis intimement persuadé que la réussite de la destination corse ces dernières années et c’est encore plus remarquable cette année dans un contexte que tout le monde connaît, n’est pas étrangère à ce positionnement stratégique d’une destination à part entière et entièrement à part, en tous cas une destination qui joue sur le registre de la différenciation et d’un tourisme maîtrisé respectueux de son environnement, de son identité et à dimension humaine. L’une de mes plus grandes satisfactions est d’avoir réussi à rassembler l’ensemble des acteurs du tourisme autour d’une vision partagée et ambitieuse du tourisme issue des « Rencontres du Tourisme » dont j’avais pris l’initiative dès mon arrivée à la présidence de l’Agence du Tourisme en 1999. Ces « Assises » avaient permis, après un bilan sans concession et un large débat ouvert à la société civile sur toute l’île et d’ailleurs très suivi, de dégager les grandes orientations du tourisme Corse de demain et de guider nos stratégies et actions et nous n’avons pas varié de la ligne établie qui aujourd’hui s’avère, si j’en juge les résultats, payante, même si le chemin est encore long et si tout le monde n’avance pas toujours au même rythme. 4. La Corse se positionne comme une destination « éco-touristique ». Ses forces ? Ses faiblesses ? Ses concurrents les plus redoutables ? Effectivement, c’est le positionnement retenu dès 2000 pour le tourisme de demain, la politique touristique Corse voulant clairement viser, à terme, au travers de la marque destination « Qualité Corse » créée par l’Agence du Tourisme, « le meilleur de la Méditerranée en éco-tourisme ». Ce projet fédérateur, à plusieurs étages, prévu se dérouler sur plusieurs années s’est d’abord exprimé dans le volet environnement naturel dont personne ne peut mettre en doute la proposition exceptionnelle de l’île dans sa dualité mer-montagne et l’omniprésence de l’eau. Il commence cette année à se décliner au niveau des acteurs eux-mêmes et des produits touristiques en commençant tout naturellement par l’hébergement. Les aides directes en subvention sont, à cet égard, aujourd’hui conditionnées par l’obtention de la marque Qualité Corse qui intègre très précisément des critères de durabilité (cela va des conditions de travail des salariés à la façon d’utiliser les ressources naturelles et patrimoniales et aux politiques développées dans le respect de l’environnement) à côté de critères de professionnalisation de l’accueil. Dans le cadre du développement durable, j’ai ressenti la nécessité d’impliquer au-delà des acteurs du tourisme l’ensemble de la population résidente au fait du tourisme pas toujours bien compris voire accepté, peut-être aussi parce que mal connu dans ses effets positifs. C’est ainsi que j’ai engagé cette année une campagne de communication au plan local pour inviter tous les corses à « Révéler le meilleur de notre nature » tout en faisant prendre conscience que le tourisme concerne en réalité tout le monde tant ses impacts économiques et socioculturels – en terme d’emploi local comme de renaissance de la culture et des savoir-faire – ou ceux sur le cadre de vie permanent des résidents sont significatifs. L’ensemble de ces dimensions doit être intégrée par le plus grand nombre dans une prise de conscience collective pour porter les valeurs d’un tourisme responsable à long terme. On perçoit en effet assez clairement sur les marchés une tendance à la quête de sens dans ses vacances mais cela reste encore au niveau de niches restreintes. Il est certain que le fait que la population de la Corse soit elle-même dans le mouvement éco-citoyen produirait un effet accélérateur dans la dynamique engagée. Cela passe bien entendu par un effort public tout particulier en équipements structurants (énergie, assainissement, eau, déchets, transport interne,…) mais aussi par l’éducation, la connaissance et l’utilisation accélérée du numérique. Pour ce qui est de l’étalement dans le temps de l’activité, force est de constater que nous sommes encore trop faibles en équipements de loisirs structurants de nature à étaler l’activité (congrès, golfs, bien-être et remise en forme, thermalisme,…), ce qui se révèle d’autant plus pénalisant que notre hébergement hôtelier est quantitativement très faible comparativement aux autres types d’hébergements plus saisonniers. Il est surtout essentiellement de petite taille et familial et indépendant. En dehors du tourisme culturel urbain et de quelques niches de tourisme actif, l’étalement atteint donc aujourd’hui des limites et ses sérieuses faiblesses structurelles dans son offre coupent la Corse des marchés naturels d’Europe toute l’année. Enfin en terme de concurrence, toutes les destinations de Méditerranée, premier bassin touristique mondial, sont directement concurrentes de la Corse sur tous les segments et elles sont, au même titre que la Corse, accessibles dans leurs produits par Internet depuis son domicile. C’est dire si nous devons mettre en avant nos singularités, nos valeurs d’accueil et notre culture pour faire la différence car nous savons bien que nous ne pouvons gagner sur le seul registre des prix face aux poids lourds du sud de la Méditerranée. 5. Quelles priorités, dans les mois et les années qui viennent, peut-on retenir en la matière ? Quels sont les principaux axes d’une politique de « tourisme vert » ? La forme d’hébergement en agro-tourisme tend à se développer car elle correspond à une réelle demande d’accueil chez l’exploitant et la Collectivité Territoriale l’encourage au titre notamment de la diversification. Pour autant je dirai tout de suite que la notion de « tourisme vert », si elle revêt une réalité dans des régions purement continentales, n’a pas vraiment de sens sur une île comme la Corse où le visiteur consomme tous les espaces en un même séjour, c’est même une des spécificités de notre île. Quel résident sur le littoral ne concède pas une balade en montagne, une visite de foire rurale, un circuit par les villages ? et inversement pour ceux qui séjournent dans l’intérieur. Il ne saurait donc y avoir en Corse une politique du tourisme vert mais bien une politique du tourisme pour la Corse qui couvre tous les espaces. La question qui se pose est relative à l’optimisation de l’irrigation des flux vers l’intérieur à partir des bassins réceptifs principaux et, à cet égard, la politique de territorialisation au travers de pôles touristiques que nous encourageons vise clairement à organiser ces solidarités entre différents espaces. Les axes stratégiques sont clairement dessinés dans tous les documents cadres de la politique touristique de l’île qui vise à un tourisme de qualité tout au long de l’année, qui s’exprime sur l’ensemble du territoire et qui soit respectueux de l’environnement et des équilibres sociaux économiques. Ce sont clairement des objectifs plus qualitatifs que quantitatifs qui préfèrent un tourisme multispécialiste à un tourisme de masse et qui n’a pas vocation à augmenter les pointes saisonnières. Lorsque l’on est en responsabilité d’un secteur comme le tourisme aussi déterminant pour l’économie de l’île et éminemment concurrentiel la priorité essentielle consiste à rester compétitif pour que l’activité sans laquelle il n’y a pas d’emploi se développe. Je considère en effet l’emploi qualifié, qu’il soit direct ou induit par le tourisme comme un enjeu majeur pour les années futures. Or, il est tout à fait anormal qu’une île au potentiel touristique exceptionnel ne puisse pas offrir du travail durable à tous ses enfants d’autant que leur population est faible. Il me paraît essentiel à cet égard de prendre le contre-pied du discours d’opportunité qui au nom d’un « tout protection » se donne les raisons de ne rien faire, ainsi tout reste en l’état. Je préfère, au contraire, dans le respect des prescriptions du développement durable et des disposition législatives sur les espaces très contraints, que nous nous donnions les raisons de faire et d’avancer, proposant donc de s’appuyer sur les critères aujourd’hui admis du développement durable appliqué au tourisme pour créer de la richesse et de l’emploi. La Collectivité joue pleinement son rôle d’impulser, d’orienter, de sensibiliser, de promouvoir la destination, de soutenir les projets, de créer les conditions favorables pour que ces projets puissent être réalisés mais ce sont les acteurs eux-mêmes qui sont les déterminants de l’investissement et de l’emploi. S’il fallait dégager des priorités, j’en citerai trois principales, sachant qu’elles ne s’écartent pas, bien entendu, des principes généraux du développement durable : - la poursuite de la désaisonnalisation de l’activité en vue de pérenniser et développer les emplois qualifiés, mais cela ne se décrète pas et suppose de faire évoluer notre offre pour parvenir à être compétitif au-delà de 5 mois, - la mise en œuvre du plan « Qualité Corse », véritable socle fondateur de la nouvelle dynamique du tourisme de l’île pour préparer l’avenir et répondre au mieux aux attentes des citoyens, les opérateurs devant s’engager dans la marque ombrelle destination, - l’amélioration de l’accueil en général et du rapport qualité/prix, deux composantes qui se révèlent comme prioritaires dans les études de clientèle que nous menons devant l’accessibilité aérienne de l’île souvent dénoncée par les professionnels. Ces dimensions sont indispensables pour fidéliser les clientèles que toutes les destinations se disputent. 6. Quels points noirs, dans le domaine de l’éco-tourisme, sont à résorber ? Principaux risques qui menacent cet aspect du tourisme insulaire ? La promesse d’éco tourisme ne doit pas figurer comme un affichage sans contenu réel. Bien évidement l’environnement naturel de la Corse, du fait en particulier de sa grande qualité et de sa faible densité de population, la plus faible des îles de Méditerranée donne un contenu réel qui nous est unanimement reconnu. Quelques points posent toutefois questions où je citerai simplement les plus visibles ; côté résidents, les décharges sauvages qui prolifèrent quelquefois même proches des rivières malgré les arrêtés municipaux et, côté tourisme, les quelques pollutions marines et rejets d’effluents, voire la surfréquentation de certains sites majeurs entraînant des pressions sur l’environnement. Ceci étant dit, je crois pouvoir dire que les préoccupations sont parfaitement enregistrées et partagées, des plans de gestion ont commencé à se mettre en place, certaines communes offrent le tri sélectif, l’opération Port Propre initiée par l’Office de l’Environnement est prévue parer les rejets d’effluents, les mouillages s’organisent de plus en plus et gèrent les déchets bateaux,… En ce qui concerne la pression sur certains sites très visités, les élus des collectivités au rang desquelles bien sur la Collectivité Territoriale de Corse et ses Offices et les Conseils Généraux sont particulièrement sensibilisés, des Opérations Grands Sites voient le jour, les organismes tels le Parc Naturel de Corse, le Conservatoire du Littoral ou des Syndicats Mixtes tels le Syvadec et bien d’autres comme nombre d’associations participent à la prise de conscience et au travail sur le terrain sur ces problématiques de développement durable. Les procédures administratives sont à l’évidence très longues et compliquées mais le processus me semble enclenché en Corse et la voie est tracée. Les aménagements et équipements, j’en suis persuadé, se feront en conformité avec les dispositions réglementaires très strictes sur le sujet mais ils devront être accompagnés d’une prise de conscience et d’une évolution des mentalités et habitudes de tous. Il en est souvent, en effet, du développement durable comme de la religion, il y a beaucoup de croyants mais bien moins de pratiquants. Les pratiquants seront d’autant plus nombreux qu’ils y trouveront un intérêt et on rejoint là, au-delà de l’aspect purement environnemental, l’importance de la prise en compte des retombées économiques et sociales de chacun et de chaque territoire. Lundi 5 Octobre 2009
Antoine Giorgi
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